Le Marchand et le Perroquet , conte soufi de Rûmî

Contes soufi

Conte Soufi


Un marchand possédait un perroquet qui conversait avec ses maîtres si adroitement qu’on le traitait comme un membre de la famille. Ce marchand décida d’aller en Inde pour des achats, et demanda aux siens ce qu’ils voulaient qu’il leur rapportât. Le perroquet répondit : « Je n’ai besoin de rien, mais si tu passes près de la forêt où vivent les miens, informe les de l’état où je me trouve ». Et voilà qu’au cours de son voyage, le marchand arriva justement à cette forêt dont parlait son perroquet. Se souvenant du message à transmettre, il s’adressa à des perroquets perchés sur les arbres en disant :

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« J’ai chez moi dans une belle cage dorée un perroquet de votre famille qui m’a chargé de vous saluer ». Alors, un perroquet pareil au sien poussa un cri, trembla et tomba mort du haut de l’arbre. Le marchand attristé, pensa que le perroquet était mort de chagrin en apprenant la captivité de son parent. Il retourna chez lui un peu désolé et il distribua les cadeaux de l’Inde. Le perroquet lui dit : As-tu transmis mon message ? ». « Oui, répondit le marchand, mais j’ai bien regretté de l’avoir fait ». « Pourquoi donc ? », interrogea le perroquet. Le marchand raconta ce qui s’était passé. L’oiseau écouta attentivement, puis se mit à trembler, et tomba mort au fond de sa cage. Le marchand désolé jeta le corps du perroquet dans le jardin. Mais aussitôt, le perroquet s’envola et se posa sur le mur. Stupéfait, le marchand lui dit : « Cher perroquet, pourquoi cette mort et cette comédie ? Reviens donc dans ta jolie cage ! ». Et le marchand supplia le perroquet de lui expliquer tout le secret de cette affaire. Le perroquet lui dit : « C’est vrai qu’il y a un sens caché dans cela. J’ai envoyé par toi un message disant que j’étais prisonnier et triste, et demandant qu’on m’aide à me sauver. En réalité  le perroquet de la forêt n’était pas mort. Il voulait me transmettre une vérité très sage. Tant que l’on se trouve prisonnier dans la prison d’un monde étranger, il faut mourir à soi-même avant la mort fatale. J’ai donc fait ce qu’il m’a enseigné. Maintenant je suis libre pour vivre dans le monde auquel j’appartiens ». 

(Mathnawi Jalâl-ud-Din Rumî).

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